LES “PUITS-REFUGES” de Saint-Sordelin

Lorsque vers 1881, Justin Laurent, professeur au collège de Saintes, se promène  entre Pontaillac et Nauzan,
il remarque dans les rochers, des installations qu’il appellera “puits-refuges”
(1).

 

Creusés dans la falaise
Ces éléments, encore visibles de nos jours, sont  composés de galeries souterraines et de puits
percés dans la falaise, à mi-pente. Lorsqu’ils sont  complets, ils s’ouvrent à la surface par un orifice
cylindrique de cieux mètres de diamètre et d’une  profondeur de 60 centimètres, puis se poursuivent
par le puits proprement dit (Fig. A ci-dessus). De petits trous rectangulaires pratiqués clans les
parois sont des marches qui permettent d’y accé-­der. Au fond, certaines galeries de 1,5 mètre de
hauteur, font communiquer les puits entre eux,  d’autres donnent un accès à la mer.
Le groupe de Saint-Sordelin comprend deux  puits percés dans la falaise à 10 et 12 mètres
de la grève. lis sont unis par une galerie de 25  mètres de long, formant une courbe, dont la par-­tie convexe est tournée vers la mer (Fig. B). À  basse mer, on peut pénétrer dans ces corridors  humides (18 mètres pour l’un, 15 mètres pour  l’autre) que la haute mer remplit entièrement.

Des écluses à poissons ?
À quel usage étaient destinés ces ouvrages ? Leur exiguïté ne les destine pas à cacher des réfugiés lors des guerres de religion. IL est plus probable  de voir là des pêcheries. En effet, la puissante ab-­baye de Vaux-sur-Mer possédait non loin de là les prieurés de Saint-Palais et de Saint-Sordelin. Les moines bénédictins, tenus au régime du maigre,  devaient certainement trouver à la mer la plus
grande partie de leur alimentation : d’où l’hypo-­thèse des pêcheries (2l.On trouve des rainures, parfaitement dispo-­sées pour recevoir un engin de pêche en osier
que l’on pouvait placer à haute mer, alors que les poissons et les encornets hantent la côte et peuvent rester clans ces pièges qui serviraient de garde-manger.

Des repères pour écumeurs des mers ?
Il est aussi probable que ces souterrains ont pu servir de cachettes temporaires à des écumeurs  de mer, si nombreux sur ces côtes jusqu’au début du XVIIIe siècle. Personne n’ignore que cette côte
fut de tout temps riche en naufrages et les ramas-­seurs d’épaves durent s’y trouver nombreux. Ces puits pouvaient favoriser le guet alors que  les navires étaient guidés par les feux trompeurs
destinés à perdre ceux qui étaient assez imprudents pour s’engager la nuit, sans pilote, dans les passes difficiles de la Gironde.
L’âge de ces installations paraît encore plus obscur que leur destination.
Érick Mouton

(1) Justin Laurent, Les puits-refuges de Saint-Pallals-sur-Mer. Recueil de la Commission des Arts de  la Charente-Inférieure, t. 6, 1883, p 53-61.
(2) L’hypothèse de Justin Laurent n’est cependant attestée par aucun document. (ndlr).

Source : l’Estuarien°62, octobre 2017