AUTOUR DE NOUS : Urbanisme et Environnement

SUD-OUEST  Lundi 5 août 2019
Royan Agglo

Entre  le  loriot  et  lotir,  

la Ville  devra  choisir

URBANISME  ET ENVIRONNEMENT  
Un  aménageur  a  obtenu  un  permis  pour  construire  dix  pavillons  et  des  logements sociaux sur une prairie riche sur le plan de la diversité

Ronan  Chérel
r.cheret@sudouest.fr

Au soir des dernières élections eu­opéennes, mesurant le vote écologiste, Patrick Marengo dressait un constat mûrissant fortement déjà dans son esprit d’édile : « Il faudra intégrer les questions environ­nemental, y compris à la politique de la ville» Royan, encore préservée mal­gré les coups de boutoir de l’expan­sion immobilière, peut encore se van­ter d’un certain caractère naturel Al­lain Bougrain-Dubourg est même venu en personne vendredi féliciter la Ville pour sa fidélité au dispositif « Re­fuge LPO », label et engagements qui encadrent les jardins du Parc et les ber­ges du riveau tout proche.
« Royan a compté parmi les pre­mières communes à nous suivre dans ce dispositif» , flattait même le président de la Ligue pour la protec­tion des oiseaux, en paraphant une nouvelle convention de cinq ans avec Royan, qui s’engage en retour à davantage animer ce label, l’expli­quer, y sensibiliser scolaires et habi­tants.

              Une visite à message
Seulement, vertueux au Parc et le long du riveau, la Ville de Royan et son maire ont été invités implicite­ment vendredi à travers cette visite de courtoisie d’Allain Bougrain­-Dubourg à l’être sur l’ensemble du territoire de la commune. C’était aussi l’un des messages de la pré­sence du président de la LPO, flan­qué de nombreux techniciens. La délégation s’est aussi rendue dans un autre « Refuge LPO », celui de So­phie Huberson Debry. Depuis 2017, son camping celui du Parc de la Ro­che, à Vaux-sur-Mer, voit l’extraordi­naire richesse de sa faune reconnue par ce classement.
Oiseaux et papillons tremblent déjà, pourtant… Si le Parc de la Ro­che se situe à Vaux, un pas suffit pour passer à Royan. Où une jolie prairie, le champ dit de la Concide, dernier espace vide d’habitation avant les bois de Saint-Sulpice, a évidemment attiré l’attention d’un aménageur Nexity envisage de construire là dix pavillons et 20 logements aidés. Aubaine pour la Ville de Royan, dont l’un des soucis consiste juste­ment à étoffer encore et en­core son parc d’habitat social, pour tenter de se conformer à la loi.
Sophie Huberson Debry a découvert le projet de Nexlty par cet immense panneau annonçant le programme. Sur une prairie dont elle vante la richesse faunistique et florale. (Photos R.C.)
Patrick Maren­go a d’ailleurs rappelé ce principe de pragmatisme à Sophie Huber­son Debry vendredi matin.« Nous sommes chacun dans notre rôle, vous et moi vous dans la protection de la biodiversité, moi dans celui de promouvoir le développement – raisonné – d’une ville, mais ces deux objectifs ne sont pas incom­patibles », a promis le maire.

« Ma grand-mère a refusé de faire une piscine, pour respecter les oiseaux »

Cette nouvelle contestation d’un projet immobilier s’ajoute à une liste déjà longue récemment pour Patrick Marengo. Après l’ex-usine à gaz, le site d’Orange boulevard de la Perche, puis le projet Renaissance encore … Le motif de la contestation diffère, toutefois. Jusqu’à présent, ce sont des riverains refusant de nou­veaux voisins qui font entendre leurs voix.
Dans le cas de la Concide, Sophie Huberson Debry se fait le porte-voix d’opposants muets : oi­seaux, insectes, petits rongeurs …
Le Parc de la Roche en regorge. Une faune d’une variété telle qu’elle est devenue le fonds de commerce du camping. « Parce que nous avons toujours été comme ça. Ma grand­-mère la première s’est refusée à aménager une piscine pour respec­ter la tranquillité des oiseaux, des papillons. Aujourd’hui, nos clients viennent ici pour cette faune. »

Lazuré
du serpolet
Sophie Huberson Debry énumère, photos « prises ici» à l’appui, la lon­gue liste d’espèces qui ont élu domicile au camping « Refuge LPO » et dans ses environs immédiats. Prairie de la Concide incluse. « On peut voir ici six ou sept des neuf rapaces noc­turnes répertoriés en France, quan­tité d’espèces de papillons, dont le grand paon, 20 cm d’envergure ! Je l’ai même photographié un loriot d’Eu­rope il y a quatre jours. Il est devenu rare ! Nous en avons deux couples, qui ont eu récemment chacun trois bébés. » Le loriot d’Europe, par exemple, bénéficie d’une protec­tion totale.

” Cette prairie, on pourrait l’ouvrir au public public, pour des observations ”
Le rôle de la prairie voisine dans cette biodiversité d’une grande va­leur ? «  Elle, elle héberge notam­ment l’azuré du serpolet, un papillon. » Très joli et, surtout, inscrit sur la liste des insectes strictement protégés de l’annexe 2 de la Convention de Berne, inscrit en France aussi, sur liste rouge des insectes, celle qui détermine le degré de me­nace qui plane sur une espèce.
« Dès que j’ai eu vent du projet immobilier, Nature Environnement 17, dont je suis aus­si administratrice, a écrit à la mairie de Royan, le 21 mars. Une lettre restée sans réponse. Alors, lors­que j’ai appris que le permis d’amé­nager avait été signé le 13 mai, j’ai souhaité rencontrer le maire. »

Le spectre du contentieux
Une rencontre a bien eu lieu, le 21 juin, sans Patrick Marengo, mais en l’état, le projet est maintenu De­puis Sophie Huberson a même ob­servé la présence de l’engoulevent d’Europe « qui niche au sol… dans la prairie » Nature Environnement 17 a donc fait valoir son droit à intenter un recours gracieux contre le per­mis d’aménager. Le 29 juillet, l’asso­ciation s’est vue signifier le refus de la Ville. « Le conseil d’administration s’est prononcé en faveur d’un re­cours contentieux, désormais. À moins que nous puissions entre­temps discuter avec la Ville de Royan de l’importance de cette prai­rie en termes de biodiversité. C’est aussi une richesse pour le Pays royannais. Cette prairie, on pourrait l’ouvrir au public, lui permettre d’observer les espèces. »